Le syndicat pointe une succession de décisions politiques ayant, selon lui, affaibli durablement le pouvoir d’achat des agents publics
Réunie le 17 avril 2026 dans le cadre d’un groupe de travail sur les rémunérations, la FSU a livré une déclaration sévère à l’égard des politiques menées depuis 2017. Le syndicat y voit une trajectoire continue de dévalorisation salariale et appelle à un changement immédiat de cap.
« Vous connaissez notre mémoire »
Le ton est donné dès les premières lignes. « Plusieurs ministres sont passés, mais les représentants des personnels sont restés », rappelle la FSU, qui entend bien inscrire son intervention dans le temps long.
Dans sa déclaration, le syndicat remonte à 2017. Cette année-là, le gouvernement décide de reporter d’un an l’application des mesures prévues par le protocole PPCR. Pour la FSU, ce choix marque le point de départ d’une politique qui, depuis, n’a cessé de peser sur les rémunérations.
Dès 2018, le gel du point d’indice s’installe dans la durée. La même année, le rétablissement du jour de carence vient durcir encore un peu plus les conditions des agents en cas d’arrêt maladie.
Une inflation en hausse, des salaires à l’arrêt, et des carrières qui se tassent
Les années suivantes ne viennent pas inverser la tendance.
En 2019, malgré une inflation proche de 2 %, aucune revalorisation salariale n’est engagée. À la place, la loi de transformation de la fonction publique rebat les cartes en matière d’organisation des services et de dialogue social, suscitant de fortes critiques.
Puis vient 2020. La crise sanitaire place les agents publics en première ligne. Soignants, territoriaux, personnels administratifs : tous participent à la continuité du service public. « Salués », note la FSU, mais peu reconnus sur le plan salarial. La prime exceptionnelle versée cette année-là reste limitée et inégalement distribuée.
À partir de 2021, les ajustements se multiplient, notamment pour suivre la hausse du SMIC. Le minimum de la fonction publique est relevé à plusieurs reprises. Mais ces mesures, prises dans l’urgence, ont un effet secondaire : elles compriment les grilles.
Résultat, selon la FSU : des carrières qui stagnent, avec des progressions parfois réduites à un seul point d’indice par échelon. « Des débuts de carrière qui s’éternisent », résume le syndicat.
Des revalorisations jugées trop faibles
Face à l’inflation, le gouvernement finit par desserrer l’étau en 2022, avec une hausse de 3,5 % du point d’indice. Une décision jugée tardive et insuffisante.
Le constat est le même les années suivantes. En 2023, alors que l’inflation dépasse les 5 %, la revalorisation du point d’indice plafonne à 1,5 %. Une prime exceptionnelle de pouvoir d’achat est bien versée, mais son mode de calcul entraîne, pour certains agents, des pertes de prestations sociales.
En 2024, les ajustements restent marginaux. Quelques points supplémentaires sont ajoutés aux grilles, sans corriger les déséquilibres accumulés.
Décrochage avec le SMIC - Une politique de dévalorisation
Pour la FSU, la situation atteint un seuil critique en 2025. La suspension de la GIPA — censée compenser les pertes de pouvoir d’achat — est vécue comme un signal négatif. Dans le même temps, certaines mesures touchant les agents en congé maladie alimentent le malaise.
En 2026, le syndicat tire la sonnette d’alarme : plusieurs échelons passent sous le niveau du SMIC. Une indemnité différentielle est alors mise en place pour compenser. Mais pour la FSU, le problème est structurel.
Si la tendance se poursuit, prévient-elle, l’ensemble des catégories pourrait être concerné, y compris les moins exposées jusqu’ici.
Au-delà des chiffres, le syndicat dénonce une orientation globale. Il évoque « une politique volontaire de dévalorisation salariale » et met en garde contre ses effets.
Inégalités persistantes entre les femmes et les hommes, perte d’attractivité des métiers publics, découragement des agents : les conséquences sont, selon la FSU, déjà visibles.
« Les agents perdent confiance », insiste-t-elle, évoquant un malaise profond au sein de la fonction publique.
Un appel à changer de cap
Pour autant, la FSU veut croire qu’un tournant reste possible. Elle appelle le gouvernement à « changer complètement de pied » et à s’appuyer sur la fonction publique pour répondre aux défis sociaux et environnementaux.
Parmi les mesures avancées : le dégel du point d’indice, mais aussi un plan de revalorisation plus ambitieux. Le syndicat propose notamment l’attribution uniforme de 80 points sur l’ensemble des grilles, soit environ 400 euros mensuels, ainsi qu’une hausse d’au moins 20 % de la valeur du point.
Il plaide également pour une indexation des rémunérations sur l’inflation et une action renforcée en faveur de l’égalité salariale.
Enfin, la FSU appelle à revenir sur plusieurs dispositifs jugés pénalisants pour les agents, qu’il s’agisse des autorisations spéciales d’absence, du temps partiel thérapeutique ou des congés maladie.
Elle demande également l’abandon de certaines réformes symboliques, notamment autour du 1er mai, et appelle à ne pas convoquer la commission mixte paritaire sur ces sujets.